Du renouveau à Saint-Malo

Le 21 mars 2010, Michel Segalen inaugurait le nouveau et spacieux local de la galerie Ombre et Lumière (désormais 7 passage de l’Émerillon, toujours à Saint-Malo intra-muros), avec une magnfique exposition, où Catherine Denis et Maya Mémin, dans la maturité de leur art et la plénitude de leurs moyens,  présentaient De concert, un ensemble étonnant d’œuvres réalisées en commun.

Véritable concerto pour deux voies et quatre mains, l’entreprise était à la limite de la gageure: Maya Mémin, à partir d’un métier originel de graveuse a développé dans son tête à tête solitaire avec sa presse et ses encres, une conception spatiale innovante de l’estampe : devenant tenture, bannière ou revêtement mural, la surface (un papier de riz « amoureux de l’encre ») est animée à la fois par la trame d’un support craft japonais et les riches variations de son encrage, qui confèrent à l’empreinte cet aspect de vie frémissante.

Catherine Denis, qui se situe elle-même à juste titre dans le même lignage que Degottex, Michaux et Dotremont, en est arrivé, dans sa solitude et sa rigueur de calligraphe chinoise, à un graphisme de plus en plus abstrait, alternant découpages / collages expérimentaux et un engagement physique digne de l’action- painting. Mais l’amitié et l’estime réciproque de chacune pour le travail de l’autre ont rendu possible cette entreprise, à travers une concertation qui a permis le dessein commun puis la réalisation commune de chacune de ces œuvres. Ainsi les trois grandes tentures de la rotonde du premier étage où Catherine Denis  trace une large, puissante et sensible frontière d’encre noire, à trois niveaux symboliquement différents, dans le chaud déploiement des couleurs dominantes de Maya (rouge/ orange/ jaune). Ainsi cette communauté de conception affichée dès l’entrée par un panneau où la forme rouge de Maya était « happée » par un glyphe noir de la calligraphe. Au rez-de chaussée de la galerie, la magie des cercles de Catherineet de ses empreintes de sphères se déployait sur le chatoiement des trames colorées de Maya ; lesquelles prenaient alors de la profondeur avec des tonalités plus sombres où dominaient les bleus.

Paradoxalement ce travail de concert fait penser à Georges Braque, lorsque le père du cubisme écrivait  Le peintre ne tâche pas de reconstituer une anecdote mais de constituer un fait pictural. Et, ajoutait-il en substance, ce fait a une signification lyrique de spiritualité. Il est de l’ordre de la poétique. Car c’est bien sur ce registre d’une véritable poétique de l’espace que se situent Maya Mémin et Catherine Denis dans cette oeuvre commune, tout à la fois élaboration et jaillissement. Au demeurant, ces deux termes, élaboration et jaillissement, font également penser – mais là aucun paradoxe -  au Paul Klee de 1912 pour qui la composition revenait à réaliser le sentiment dans la forme.

Avec cette réalisation de concert, on est bien au coeur du sujet : le sentiment dans la forme. Dit autrement : une poétique mise en oeuvre. On est aussi, en ces temps dinstallations

labellisées et de Biennales d’art contemporain, dans la démonstration magistrale que l’oeuvre picturale reste, dans ses manifestations les plus hardies et les plus authentiques, un impératif catégorique de l’art d’aujourd’hui.

Gérard Prémel

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